mercredi 23 juillet 2014

L’emprise de Moscou sur la République de Moldavie : Géoéconomie, mai 2014



Résumé/abstract
Ni  l’héritage soviétique en matière de frontières, la question des minorités, pas plus que les pressions et les chantages ne sauraient expliquer la dépendance de la République de Moldavie à l’égard de Moscou. Le voisin russe conserve encore un pouvoir d’attraction trop souvent sous-estimé. Aussi la Fédération de Russie a-t-elle  le pouvoir de bloquer le rapprochement en cours de la République de Moldavie avec  l’Union européenne sans que l’Union eurasiatique  fasse pour autant figure d’alternative satisfaisante à moyen ou  long terme.
The Republic of Moldova's dependence on Moscow cannot be explained solely by the Soviet legacy of frontiers, nor by the issue of minorities, nor even by political pressure and blackmail.The Russian neighbour's power of attraction is still too often underestimated. This is why the Russian Federation has the power of impeding the current endeavours of the Republic of Moldova to draw closer to the European Union, while the Eurasian Union is far from being a satisfactory alternative in the medium or long term. 

Depuis l’occupation de la Crimée par la Russie, faisait récemment remarquer un jeune sociologue moldave, Facebook est devenu un champ virtuel de bataille pour les nombreux opposants  à l’intervention russe alors que l’autre camp est resté silencieux tout en agissant avec détermination dans la dimension réelle, en Crimée, sans même livrer bataille. Sur Facebook, on est inscrit dans des « groupes », on discute entre « amis », il est donc peu probable que les roumanophones  aient à affronter des contradicteurs russophones. Aussi, leur combativité ostentatoire cache-t-elle à peine leur propre impuissance et celle de tout un pays, la République de Moldavie (1) . La situation est encore plus inquiétante envisagée sous un autre angle : à regarder de plus près, on constate que dans l’espace public réel, dans la rue, dans les magasins, les bus, à Chisinau et dans les autres villes du pays, les uns et les autres évitent soigneusement d’évoquer l’offensive de la Russie de Poutine… De quoi ce silence est-il le nom ?
La République de Moldavie (RM) est un cas de figure géopolitique biscornu. Son territoire correspond au flanc oriental de la principauté de Moldavie dont elle fut détachée en 1812, date à laquelle elle entre dans la composition de l’Empire russe. A la faveur de la révolution russe de 1917, cette province connue aussi sous le nom de Bessarabie proclame son indépendance. Quelques mois plus tard le soviet (conseil) du pays vote l’union avec la Roumanie. Cédée à  l’URSS par le traité entre Hitler et Staline en 1940, reprise par l’armée roumaine alliée des nazis un an après, elle sera une des seize républiques socialistes soviétiques au lendemain de la guerre. Comme ces dernières, elle proclame son indépendance en août 1991.
Les allers et retours occasionnés par l’histoire ont laissé des traces dans ce pays situé dans une zone de frontière par excellence. Frontière géographique puisque c’est ici que finit la culture de la vigne, principale richesse du pays, et que c’est au-delà du Dniestr que commence la grande plaine russe qui se prolonge jusqu’aux steppes de l’Asie centrale. Frontière politique aussi puisque c’est sur le fleuve qui sépare ce territoire de la Roumanie que s’arrêtait l’Empire tsariste puis de l’URSS.
La proclamation de l’indépendance de la RM a surpris, ce territoire étant encore moins apte aux yeux des observateurs à constituer une unité étatique autonome que la Bessarabie d’autrefois. En effet, ses frontières, comme celles des autres républiques soviétiques, ont été tracées en sorte que le centre, Moscou, conserve son emprise, donc sans rapport avec son éventuelle  viabilité en dehors de l’Union. Pourtant, vingt-trois ans après, la RM est toujours là. Plutôt que de se risquer à des considérations forcément hasardeuses sur son avenir, il convient de faire le point sur les causes et les formes de manifestation de l’emprise de Moscou sur cette république. Quelle que soit la formule que la RM sera amenée à adopter, cette emprise pèsera sur son évolution.
La particularité de la RM dans l’espace fédéral soviétique était d’avoir été la seule république qui ait appartenu pendant l’entre-deux-guerres à un Etat voisin avec lequel elle partageait la langue et les principales références culturelles et historiques. Lors du démembrement de l’URSS, cela pouvait sembler constituer un atout. Ce fut un handicap, comme auparavant, le principal souci des autorités soviétiques ayant été d’empêcher toute communication entre les deux, alors que la Roumanie appartenait au même camp, socialiste. Avant même la proclamation de l’indépendance de la RM, la Transnistrie faisait sécession (septembre 1990) sous le nom de République moldave du Dniestr (RMD)  invoquant le danger d’union avec une Roumanie qualifiée sans détour de fasciste en raison du comportement de certains de ses dirigeants par le passé. Répréhensible pendant l’entre-deux-guerres, criminel pendant la Seconde Guerre lorsque les troupes roumaines ont « administré » la Transnistrie, ce comportement a donné lieu en URSS à une propagande antiroumaine d’une rare violence, fondée sur l’assimilation des Roumains aux fascistes. La Transnistrie, territoire non moldave à l’origine, a été agrégé par les Soviétiques à l’ancienne Bessarabie devenue République socialiste de Moldavie, qui perdait en cette occasion des régions situées au sud et au nord, cédées à l’Ukraine. Précisons d’emblée que le contentieux de la Roumanie avec la Russie est ancien. La formation de l’Etat roumain moderne (en 1859, après la guerre de Crimée) correspondait à la volonté des puissances européennes  de stopper l’expansion de la Russie vers les mers chaudes. La nation roumaine s’est faite/a été constituée contre la Russie. Le vécu historique des Moldaves, si l’on pense au XIXe siècle et à l’après-guerre, est donc différent de celui des Roumains, surtout par rapport à l’héritage russo-soviétique. Il en va de même du paysage linguistique puisque, pendant l’entre-deux-guerres roumain, le russe concurrençait dans les faits le roumain comme langue de communication en Bessarabie.
Difficile de dire si la RM se dirigeait pendant les années 1990-1991 vers une réunion avec son voisin occidental et si elle le fera un jour. En tout cas cette idée fait peur à la plupart des citoyens ethniquement non moldaves de ce pays et ne fait pas l’unanimité parmi les Moldaves, l’option unioniste ne concernant qu’une petite minorité. Préoccupée par l’intégration de l’Otan et l’entrée dans l’Union européenne (UE), la Roumanie s’est montrée prudente face à la RM, se refusant de prendre l’initiative tout en fournissant une assistance culturelle considérable. Les relations entre les deux pays auront connu plusieurs crises graves dues pour l’essentiel à la méfiance affichée par les dirigeants moldaves soucieux de ménager Moscou et les russophones. A la veille du sommet de Vilnius, le 27 novembre 2013, le président roumain Traian Basescu, dont le mandat prendra fin en novembre 2014, prenait de court les observateurs en déclarant que l’union avec la Bessarabie était le prochain objectif de la Roumanie, tout en précisant que ce n’était pas pour demain.

 Le retour en force des nations après 1991
La RM se singularise également sur un autre point. A chacune des républiques soviétiques correspondait une nation, une langue, une histoire. Dans certains cas, en Asie centrale par exemple, elles ont été forgées au lendemain de l’arrivée des bolcheviks au pouvoir. Même en Ukraine, le corpus national actuel a été partiellement mis en place dans les années 1920. Pour la Moldavie, afin de la différencier de la Roumanie et de légitimer son incorporation à l’URSS, on a forgé de toutes pièces une nation, une langue, une histoire moldave, distinctes de celles roumaines. La fiction semblait être en passe de devenir réalité quand un événement inattendu survint : la déclaration de souveraineté (mai 1990) puis un an après la proclamation de l’indépendance de la RM. La nation, conçue dans le cadre soviétique comme une forme d’organisation politique destinée à disparaître dans le cadre de la fusion des peuples au sein de la patrie soviétique, revenait au grand jour et devait jouer désormais un rôle de premier plan. Il y a aujourd’hui un Etat moldave mais au nom de quelle nation ? Roumaine ? Moldave ? La confusion qui en découle est pour beaucoup dans l’« originalité » du cas moldave dans l’espace soviétique. Pour le reste, les Moldaves se retrouvent dans la même situation que d’autres populations constituées en nations à l’époque soviétique et dotés de républiques fédérées sous l’égide d’une Fédération de Russie dont le statut était particulier dans ce sens que les Russes avaient vocation, à l’époque soviétique, comme à l’époque impériale d’ailleurs, d’être « plus » qu’une nation. En proclamant leur indépendance, ces républiques devenaient du jour au lendemain des Etats nations. Presque personne ne s’attendait à cela, certains s’en sont réjoui, d’autres s’y sont résigné. Il n’en allait pas de même pour la Russie et les anciennes républiques fédérées allaient en faire les frais lors des confrontations entre les nations en titre et les minorités nationales présentes sur leur territoire, des minorités faciles à repérer de par la double identification des personnes  en termes de citoyenneté et de nationalité en vigueur en URSS. Les Russes seront peu enclins d’endosser le rôle de minoritaires et les minorités non russes feront bloc autour d’eux sous la bannière de la russophonie, tandis que la Russie leur apportera un soutien sans faille. Dans son acception politique, le terme de russophonie désigne non pas tous ceux qui parlent (aussi) le russe,  mais les partisans de l’usage du russe comme langue de communication, le plus souvent au détriment des langues nationales, c’est-à-dire du letton en Lettonie, du moldave (ou roumain) en RM, etc.
Dès lors qu’ils se projettent à l’échelle de la  Roumanie, dans l’hypothèse où l’actuelle RM rejoindrait cet Etat qui se définit comme étant celui de la nation roumaine, les citoyens moldaves de nationalité ukrainienne, russe ou gagaouze s’inquiètent à l’idée de voir leurs positions fragilisées. Pour l’instant, leur poids demeure important, ils représentent un peu plus qu’un cinquième de la population, même si leur statut n’est plus le même qu’auparavant quand les Moldaves, davantage présents dans les campagnes que dans les villes, occupaient une position plutôt subalterne dans leur propre république à cause des suspicions qui pesaient sur eux en raison de la proximité de la Roumanie. Aussi la nation moldave a-t-elle de nombreux partisans parmi les non-Moldaves, les minoritaires mettant volontiers l’accent sur les différences qui opposent les Roumains et les Moldaves. Les Moldaves de nationalité moldave sont eux aussi sensibles à ces différences. Même conscients des liens qui les rattachent aux Roumains, nombre d’entre eux se disent Moldaves pour une multitude de raisons pouvant aller de la méfiance à l’hostilité à l’égard des Roumains sans oublier tous ceux qui estiment être moldaves puisqu’ils sont citoyens de l’Etat de ce nom.
Les statuts des minorités en RM sont  très avancés au regard des standards internationaux. Les Gagaouzes (turcophones de confession  chrétienne), qui représentent 4,2  % de la population, ont par exemple leur propre « unité administrative autonome » qui bénéficie de prérogatives similaires à celles d’une république autonome. Nous sommes loin de la législation contraignante pour les non-nationaux des pays baltes, ce qui n’empêche pas les représentants des minoritaires de pousser toujours plus loin leurs revendications. Plus choquant est le peu d’intérêt accordé par les roumanophones, y compris de ceux qui ne se disent pas roumains mais moldaves, aux problèmes des minoritaires et à leur intégration, ce qui ne s’explique pas seulement par le fait qu’à leurs yeux les Ukrainiens (8,4  %), les Russes (5,6  %) et les Gagaouzes auraient déjà des droits exorbitants.
Entre la Transnistrie sécessionniste, où les habitants roumanophones (2) sont en permanence sous pression, et la RM la rupture est totale depuis le cessez le feu de juillet 1992. Au sein de la RM, en revanche, l’entente est devenue avec le temps presque cordiale. Selon les éditions successives du Baromètre de l’opinion publique, les relations interethniques et la Transnistrie arrivent en toute dernière position des sujets d’inquiétude des habitants de la RM. Mais cela peut toujours recommencer et les surenchères apparaissent cycliquement sans que l’on sache toujours si c’est du fait des minoritaires et de leurs représentants ou d’une décision venant de Moscou qui dépasse l’enjeu régional. Dans les mois qui ont précédé le sommet de Vilnius, la RMD décidait subitement d’établir des frontières d’Etat, le Parlement gagaouze faisait état de ses craintes quant à un hypothétique changement de la législation linguistique, tandis que les responsables du raion (département) de Trakalia demandaient un statut d’autonomie régionale pour les Bulgares (1,9 % de la population). Au lendemain de la signature de l’accord de partenariat les dirigeants de Tiraspol réitéraient la demande de rattachement de la RMD à la Russie et à la mi-décembre 2013 proposaient l’adoption par la Constitution d’un article précisant que « la loi transnistrienne fait partie intégrante de la loi fédérale de la Fédération de Russie », tandis que le 2 février 2014 les Gagaouzes se prononçaient à 97,2 % contre l’accord avec l’UE et à 98,9 % pour le droit à se séparer de la RM lors d’un référendum consultatif organisé dans leur « unité administrative autonome » (3).

On peut estimer que, depuis l’éclatement de l’URSS, en s’appuyant et en s’alignant sur Moscou, parfois de manière provocatrice, les minoritaires russes et non russes ont beaucoup à gagner et ne courent pratiquement pas de risque alors que la loyauté aux nations en titre présente peu d’intérêt. Décidément, le passage de l’« empire » à l’Etat nation est souvent vécu comme dégradant par les minorités. Cela ne vaut pas seulement pour la Moldavie. En Lituanie par exemple les Polonais ont tendance à faire front commun avec les Russes face aux Lituaniens et cela malgré les appels à la modération de Varsovie. Dans l’Ukraine voisine, les citoyens de nationalité roumaine et moldave votent plutôt pour le Parti des régions et certains dirigeants n’ont pas manqué d’exprimer leur hostilité à l’égard des manifestations en faveur de la démocratie de la place Maidan bien avant l’adoption précipitée de la loi pénalisant le russe et les langues des minorités. En RM et en Transnistrie, les minoritaires ukrainiens regardent plutôt vers Moscou que vers Kiev. Inutile d’insister sur les effets déstabilisateurs en matière de gouvernance de cette relation si particulière entre les minorités et Moscou.
Les pressions directes, le chantage
Aux raisons « objectives » liées aux frontières fixées lors de l’installation du pouvoir soviétique et aux rapports privilégiés entre les minorités et l’ancien centre il faut ajouter les pressions directes et le chantage, qui ont commencé très tôt, au lendemain même de la proclamation de la souveraineté,  pour converger dans une seule direction : une dépendance accrue de Moscou. Les pressions sont d’ordre aussi bien militaire (intervention de la XIVe armée lors de la guerre opposant les sécessionnistes transnistriens au gouvernement de la RM au printemps 1992, maintien de cette armée jusqu’à nos jour) que diplomatique (les interlocuteurs russes ont délibérément fait capoter les nombreuses négociations internationales destinées à trouver un règlement équitable au conflit), économique (blocage périodiques sous divers prétextes des exportations moldaves de vin, fruits et légumes vers la Russie) et politique (interférences périodiques dans les affaires internes à travers les représentants des minorités et des oligarques). Il s’agit là de faits connus qui ont défrayé la chronique ces deux dernières décennies. Pour ce qui est des chantages, rappelons tout simplement les montages financiers abusifs concernant la dette transnistrienne pour le gaz importé (3,8 milliards de dollars) exigée à la RM si elle refuse de reconnaître la RMD ou encore les menaces d’expulser les nombreux Moldaves qui travaillent en Russie suspectés lors de chaque crise politique de ne pas réunir les conditions requises pour leur séjour dans ce pays.
Ces pressions et chantages ne sauraient fournir un tableau complet de l’emprise russe. Elle ne résulte pas seulement de facteurs extérieurs et des moyens coercitifs utilisés. Quand on s’indigne du cynisme de la politique menée par la Russie dans les anciennes républiques soviétiques, on a tendance à perdre de vue le fait qu’elle est en fin de compte au service d’une passion, que l’on peut juger infondée ou malsaine mais qui n’est pas moins authentique et qui est partagée à l’échelle de l’ancienne URSS y compris en RM. On s’en rend compte quand on revient sur un point sur lequel on fait trop souvent l’impasse.
La fin de l’URSS : une implosion difficile à digérer, y compris en RM
La chute des régimes communistes a souvent été présentée comme le résultat de la confrontation entre l’Est et l’Ouest, entre le socialisme réel et le capitalisme et d’aucuns se  sont empressés pour saluer/déplorer la défaite du premier et  le triomphe du second. En réalité, plutôt que d’une défaite c’est de l’implosion d’un système incapable de se réformer qu’il faudrait parler. Depuis Khrouchtchev les tentatives de réforme n’ont pas manqué mais ont échoué, ou ont été abandonnées en raison des dérapages auxquels elles risquaient de donner lieu tandis que celles de M. Gorbatchev ont fini par saborder le système. L’implosion du régime soviétique et l’éclatement de l’URSS, les deux bouleversements sont indissociables, ont occasionné d’emblée un choc considérable parmi beaucoup d’anciens Soviétiques, quelle que fut leur nationalité et même leur position sociale, pour des raisons allant de la perte de privilèges à la paupérisation brutale, de la perte de certains repères et valeurs aux  ratés de la démocratie, sans oublier la crainte du désordre ou la révolte face aux nouvelles formes d’injustice. L’incompréhension s’est vite muée en une indignation longtemps impuissante devant le nouveau cours de l’histoire qui finira cependant par l’emporter et être assumée au sommet de l’Etat à partir du remplacement de Boris Eltsine par Vladimir Poutine fin 1999.
Les causes qui expliqueraient aux yeux de ce dernier et de ses partisans ces bouleversements sont plutôt confuses : trahison, complot, destin, etc. En revanche, la vive conscience qu’il ne s’agissait pas d’une défaite, qu’ils n’avaient pas perdu mais qu’ils avaient été bernés en quelque sorte, a dû jouer un rôle clé dans l’ampleur et l’agressivité des réactions tout au long de la dernière décennie. Sur ce fond s’explique la popularité d’un Poutine en Russie. Depuis son arrivée à la tête de l’Etat, le processus de recomposition consécutif à la décomposition à laquelle on avait assisté pendant les premières années postcommunistes a acquis des traits plus lisibles et, surtout, des points ont été marqués. Il a su répondre à la demande d’un pouvoir fort, y compris en l’incarnant lui-même, renouer avec la thématique patriotique en s’appuyant sur la Grande Guerre patriotique contre le nazisme qui avait pris le relais de  la révolution d’Octobre sur le plan de la légitimité du régime sous Brejnev, donner l’impression que la Russie pouvait retrouver son rang  d’antan, mettre en place une stratégie en matière de politique énergétique faisant de la Russie un acteur craint et incontournable et, plus récemment, esquisser un nouveau scénario d’union plus ambitieux que la CEI à travers une Union douanière, première étape d’une Union euroasiatique.  La hausse des cours des hydrocarbures, enfin, lui a permis de consolider ses assises en distribuant une partie de la rente et d’afficher des résultats exceptionnels. En 2013, le PIB par habitant grimpait à 14 302 $ contre 2 037 $ pour la RM, ce qui faisait de cette dernière le pays le plus pauvre d’Europe (4).
Pour des fractions entières de la population, la Russie et sa direction actuelle forcent le respect et suscitent un enthousiasme certain. En effet,   l’ancien centre, surtout revu et corrigé en fonction des nouvelles donnes avec un succès certain depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine, conserve un attrait non négligeable. En RM, une partie significative de la population, et pas seulement des russophones, les plus démunis toute nationalité confondue étant bien représentés dans cette catégorie, partage avec la Russie bien des repères et de valeurs communes qui remontent pour la plupart à l’époque soviétique, qu’il s’agisse de la nostalgie d’un mode de vie désormais révolu, de l’insécurité, de l’autoritarisme, du désir de pouvoir fort ou de l’aversion pour l’Occident jugé agressif ou encore décadent, de la confiance accordée à l’Eglise orthodoxe…

Cependant, au moins deux facteurs freinent quelque peu cette emprise. D’une part, la vive répulsion pour le modèle poutinien d’une partie des classes moyennes, formées « à l’occidentale », éprises de démocratie ou attachées au modèle libéral, soucieuses de respectabilité,  l’équivalent de celles qui ont manifesté pendant des mois à Kiev, et dont la mobilisation s’est révélée décisive en RM lors de la contestation du scrutin des 6-7 avril 2009 à Chisinau qui avait mis fin au monopole exercé auparavant par les communistes. D’autre part, il y a  les réticences de ceux parfaitement en phase avec le modèle poutinien et adhérant aux valeurs refuges qu’il véhicule, qui s’inquiètent devant la perspective de retrouver une position subalterne par rapport  au Grand Frère russe. Même les cadres et dirigeants notoirement prorusses où mis en place par Moscou n’entendent pas perdre les places qu’ils occupent depuis l’indépendance de leur république. Le processus de vassalisation tenté en plusieurs occasions par Moscou s’est déjà heurté à des résistances inattendues.
C’est à partir de ces deux types d’attitudes, parfaitement contradictoires, qu’une sortie du statu quo actuel autre que celle voulue par Moscou pourrait être envisagée.
« Du temps de kolkhozes, dans les campagnes, c’était mieux… »
La question de savoir si le devenir de la RM sera européen ou euroasiatique n’est guère rhétorique.Les deux possibilités demeurent ouvertes même si les événements qui ont marqué ces derniers mois peuvent donner l’impression que la première est plus vraisemblable. En effet, la RM, gouvernée par l’Alliance pour l’intégration européenne depuis 2009, a signé le 29 novembre 2013 la première phase de l’accord pour le Partenariat oriental alors que l’Ukraine ne l’a pas fait, ce qui l’a placée d’emblée en bonne position pour rentrer dans les grâces d’une UE soucieuse de sauver la face. Celle-ci s’est empressée d’honorer sa promesse en supprimant le visa  pour les pays de l’UE à partir de 25 mai et de fixer au mois de  juin, au lieu de décembre comme prévu, la date de la signature de la deuxième phase de l’accord afin qu’elle précède les élections législatives que le Parti des communistes, hostile à cet accord, pourrait gagner en raison notamment de la gestion opaque et entachée de scandales de l’actuelle coalition au pouvoir et des désaccords  entre les formations qui en font partie.
Le profil des partisans des uns et des autres esquissé dans le texte qui suit permet de se faire une idée plus précise de l’atmosphère et du clivage dans ce pays. Il figure dans la présentation des résultats d’un récent sondage réalisé par Magenta Consulting mis en ligne le 10 avril sur le site moldave Agora.

« Du temps de kolkhozes, dans les campagnes, c’était mieux ! Tout le monde avait du travail et des salaires. Les enfants allaient à l’école de leur commune, achetaient des livres à la librairie d’Etat ou les empruntaient à la bibliothèque. Le soir, les jeunes se rendaient au club pour voir un film et, des fois, des groupes venaient donner des concerts au village. L’URSS s’est effondrée et tout a changé. Maintenant seulement ceux qui sont partis et qui envoient de l’argent de l’étranger se débrouillent mieux. Rien d’étonnant par conséquent que pour l’Union douanière votent surtout les habitants des villages, qui n’ont de l’argent que pour le stricte nécessaire et encore. Etudes élémentaires souvent, âgés de 45 jusqu’à 60 ans et plus, ils rêvent probablement de retour en zone rurale à l’ancien système, au  temps où c’était bien. Le leader étranger pour le réaliser, pour 71  % d’entre eux, est Vladimir Poutine. Contrairement à une opinion courante, les adeptes de l’Union douanière ne sont pas seulement les minorités qui craindraient l’union avec la Roumanie. 60  % s’autoidentifient comme locuteurs du roumain (moldave).
Pour ce qui est des proeuropéens, ils sont citadins, ils habitent à Chisinau et dans les autres villes du pays. Jeunes, ils ont entre 18 et 29 ans mais ils sont bien représentés aussi dans les autres tranches d’âge. Ils vivent décemment mais ne se permettent pas des choses chères. Diplômés, ayant souvent suivi des études universitaires, ils envisagent l’avenir au pays, mais aux côtés des pays de l’Union européenne (UE). Angela Merkel (36  %) et Traian Basescu (15  %) sont les leaders étrangers auxquels ils font le plus confiance. Ils sont suivi, aussi étrange que cela puisse paraître, de Barak Obama et Vladimir Poutine avec 13  % chacun. Particularité des adeptes de l’UE: ils sont à 94  % locuteurs du roumain (moldave).
Enfin, malgré les événements qui ont eu lieu en Ukraine mais aussi la libéralisation des visas pour les pays de l’UE, dans le camp des pro-Union douanière il y a davantage d’adeptes : 43  % contre 38  %. » (5)
En effet, on assiste à une légère inversion de tendance puisque le pourcentage des personnes favorables était un peu plus élevé les années précédentes. L’usure de l’équipe qui gouverne le pays y est aussi pour quelque chose. Cela étant dit, malgré un certain engouement au début du rapprochement de la RM avec l’UE,  les avis ont toujours été partagés.
Dans un sens, la désaffection actuelle à l’égard l’UE est d’autant plus dommageable que des résultats encourageants ont été obtenus ces dernières années dans les domaines les plus divers.  Cela fait déjà un moment que la RM exporte davantage vers les pays de l’UE, même la Transnistrie le fait à travers des sociétés domiciliées à Chisinau (6), les divers programmes d’assistance impulsés par l’UE ont abouti à des résultats remarquables, notamment dans la modernisation des institutions. En règle générale, les aides fournies par l’UE à la RM se sont traduits par la construction de routes, de systèmes d’irrigation, contribuant ainsi à un développement durable alors que l’aide fournie par la Russie à la RMD, environ 80  % du budget de cette dernière, est utilisée pour les dépenses courantes. Dans l’esprit des représentants de l’UE, l’accord de partenariat était censé justement renforcer et développer ces formes de coopération nullement incompatibles avec la coopération avec la Russie, coopération évidement indispensable pour les deux parties. Or la Russie de Poutine ne l’entend pas ainsi et elle a la plupart des cartes en main. Parviendra-t-elle à bloquer le processus en cours ? Tout dépend des moyens qu’elle y mettra, de la réponse apportée par la direction actuelle de la RM et de l’attitude adoptée par l’UE.
Ne pas diaboliser la Russie
Dans tous les cas de figure il est indispensable de ne jamais perdre de vue le poids et la complexité de l’emprise effective de Moscou sur la RM. Que cela plaise ou non, ce pays rejoindra tôt ou tard l’UE et/ou la Roumanie tel qu’il est, c'est-à-dire partagé entre deux mondes. Cela ne veut évidemment pas dire que les choses ne sont pas amenées à évoluer. La RM de nos jours n’a plus grand-chose à voir avec celle d’il y a deux décennies. Pour ce qui est de la Russie, les changements survenus ces dernières années en annoncent d’autres, qui risquent eux aussi de faire des ravages mais qui apparaissent comme moins inquiétants que d’aucuns ne les présentent. De nos jours, la capacité de nuisance de la Russie est redoutable mais le projet qu’elle affiche pour récupérer son « étranger proche » semble condamné à terme si l’on en juge par la confusion qui règne à propos de la notion fourre-tout d’Eurasie (7). Tout porte à croire que nous avons affaire là à une entreprise de diversion menée par un pouvoir conservateur et autoritaire qui aura bien du mal à tenir les promesses, parfaitement contradictoires, qui lui assurent de nos jours la popularité auprès de ceux qui ont été lésés par la chute de l’Union soviétique ou encore de certains laissés-pour-compte du nouveau cours de l’histoire.
Il serait cependant déplacé de diaboliser la Russie telle qu’elle se donne à voir de nos jours. Elle n’est pas le seul pays a utiliser la force quand cela l’arrange, les USA ou la France en ont donné plus d’une fois l’exemple. Conclure à un simple retour en arrière et à une quelconque incapacité des Russes d’avancer sur la voie démocratique serait pour le moins hâtif. Lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 il y avait moins de dix personnes pour protester sur la place Rouge. Au lendemain de l’annexion de la Crimée, ils étaient cinquante mille à scander à Moscou le slogan « Pour votre et notre liberté ». En tout cas, la solution durable dans les anciens pays formant l’Union soviétique passe par la démocratisation de la Russie.

Nicolas Trifon 
(article paru dans Géoéconomie, n° 70, mai 2014)

 NOTES
(1) Entretien avec Petre Negura paru dans Ziare.com, trad. française dans Courrier des Balkans du 5 mars 2014 : http://balkans.courriers.info/article24587.html
(2) Aux termes des recensements de 2004, 31,9 % des habitants de la RMD se déclaraient moldaves, 30,3 % russes et 28,8 % ukrainiens. La RMD comptait 555 347 habitants, la RM 3 383 332.
(3) « The Gagaouz Referendum in Moldova : a Russian Political Weapon ? », par Dumitru Minzarari, Eurasia Daily Monitor date du 5 février 2014.
(4) IMF, World Economic Outlook Daabase, octobre 2013.
(5) http://agora.md/analize/15/profilul-adeptilor-uniunii-vamale-vs-adeptii-uniunii-europene.
(6) 40 % des exportations de la RDM sont dirigées vers l’UE, 30 % vers la RM. Transnistria : a bottom-up solution, par Nicu Popescu et Leonid Litra dans European Council on foreign relations  : http://ecfr.eu/page/-/ECFR63_TRANSNISTRIA_BRIEF_AW.pdf
(7) Sur l’eurasisme, son histoire, les spéculations et calculs  auxquels cette notion a donné lieu voir Eurasie espace mythique ou réalité en construction, ouvrage paru aux éditions Bruylant sous la direction de Wanda Dressler en 2009, au moment même où l’Union eurasienne était mise en place sur le modèle de l’UE pour lui faire concurrence. La tentative de faire du moldave une « langue d’Eurasie » fait l’objet de la contribution signée par Irina Vilkou-Poustovaïa.



dimanche 4 mai 2014

Aromânii din Cadrilater şi fascismul românesc


 « Un livre essentiel sur une histoire méconnue », indică textul de prezentare, compus desigur de editor, al cărții lui Traian Sandu (TS) apărută în aprilie 2014 la Perrin[1]. Asemenea calificative sunt desigur exagerate : bibliografia franceza pe această temă e bogată iar mesajul cărții semnalat tot de editor -  « moştenirea şi memoria acestei ideologii [a Gărzii de Fier] au marcat atât național-comunismpul lui Ceauşescu cât şi populismul românesc din zilele noastre » - nu e novator.  Cartea prezintă însă un dublu avantaj. Pe de o parte, TS evită aluzile şi sentințele moralizatoare menite să înfiereze Legiunea, cum e cazul deseori în Occident, sau să justifice « manifestările extremiste » ale Legiunii  cum o fac mulți, inclusiv printre istorici, în România postcomunistă. Pe de altă parte, în reconstituirea propusă, TS foloseşte sistematic arhivele, mai ales ale Direcției generale ale poliției din perioada  1927-1941, cele ale Legiunii au dispărut fiind în bună parte distruse. Scrisă azi, cartea aplică în mai multe rânduri diferitele metode de analiză critică recente privind fascismul fără însă, după părea mea cel puțin, să aducă o explicație convingătoare originalității ideologiei legionare şi dinamicii în care ea s-a înscris. Personal, ceea ce m-a frapat întotdeauna este faptul că această ideologie politică criminală a fost cam singura contribuție originală românească pe plan doctrinar.

Poziția aromânilor în mişcarea legionară aşa cum reiese din carte şi felul în care este interpretată de TS mi s-au părut interesant de relevat.  Cinci dintre ei sunt pomeniți, şi anume :
 Constantin Papanace, subsecretar de stat  la finanțe în guvernul legionar, principalul interlocutor al ambasadorului lui Hitler la Bucureşti în momentele critice care va juca un rol important în exil, este cel mai des citat. El e descris ca un « reprezentant al minorității aromâne, atât de necesară datorită fondurilor pe care le punea la dispoziție şi a rețelelor de « hommes de main » impregnați de obiceiurile clanice din Balcani » (p. 256).
« Aromânul » Ion Caratănase, citat o singură data, « vicepreşedinte al Uniunii naționale a studenților creştini români din octombrie 1935… comandant legionar activ în organizația centrală a partidului Totul pentru țară », care a coordonat asasinarea lui Mihai Stelescu, concurentul lui Codreanu, în iulie 1936, la Spitalul Brâncovenesc unde acesta era internat au participat la acțiunea punitivă a « Decemviriilor » (p. 118).
Mai faimoşi decât precedentul sunt Ion Caranica şi Dumitru (Doru) Belimace, « care aparțineau comunității macedoromâne » (p. 91) complici ai asasinului primului ministru Ion Gheorghe Duca pe 29 decembrie 1933, cunoscuți sub numele « Nicador », care vor fi asasinați la rândul lor de statul român în noiembrie 1938.
Sterie Ciumeti este al cincelea « macedoromân”  citat, “victimă a represiunii arbitrare exercitate contra legionarilor” (p. 92).

Dacă numai cinci aromâni sunt citați, prezența lor colectiva în mişcarea legionară este des sublinată de TS şi de sursele administrative citate. O notă din arhivele poliției (aprilie 1939) sublinia importanța « muncitorilor şi a macedoromânilor ca trupe de şoc” (p. 308). “Anumiți membrii ai acestei componente, scrie TS în legătură cu aromânii, au putut fi folosiți în garda personală a lui Codreanu când acesta se simțea amenințat, ca şi în cadrul radicalizării congresului studențesc de la Târgu Mureş, sau folosiți ca o adevărată miliție paralelă în vederea alegerilor din 1937. Până la apariția altor componente, precum Corpul legionar muncitoresc, înființat în 1936, grupul macedoromân Andrei  Saguna a fost, după cuvintele lui Codreanu, “prima organizație legionară din țară” (p. 310).
Această  prezență colectivă, greu de cuantificat, este în parte la originea supraevaluării rolului lor, supraevaluare care va da loc la tot felul de exagerări după ce legiunea nu va mai juca un rol politic central, conducerea ei fiind neutralizată de Antonescu şi oamenii lui, în perioada de represiune care urmeză aşa zisei rebeliuni din ianuarie 1941 şi după venirea comunistilor la putere. Legenda privind legionarismul eroic atribuit aromânilor  «  în general » datează mai ales din această perioadă. Ea poate fi parțial explicată prin faptul că exista la aromânii care au aderat la cauza legionară o tendința mai pronunțată poate ca la alți foşti legionari, de a nu se dezice, tendință interpretată în memoria colectivă drept o dovadă de demnitate, dar care poate fi considerată şi ca o formă de încăpăținare prostească. 

Intr-un fel, şi TS pare să fi fost influențat de această “reputație” a aromânilor. In viziunea asupra legionarismului pe care o propune, TS acordă o importanță deosebită atracției pentru Legiune în rândurile muncitorimii şi ale  categoriei ” minorităților nemulțumite”. Factorul muncitoresc a fost des evocat, inclusiv de istorici marxişti. Acolo unde TS inovează este în atenția pe care o acordă factorului minoritar. In afară de aromâni el nu include în această categorie decât pe tradiționalişti, “calendariştii”, adepeți vechiului calendar, din Moldova şi Basarabia în această categorie, precizând că în aceste regiuni Legiunea intra în concurență cu un alt curent de extrema dreaptă antisemit, cuziştii.  Pentru acest motiv, aromânii ocupă o poziție în demonstrația sa, nu totdeauna convingătoare, privind rolul minorităților în fascismul românesc. In acelaşi timp, chiar şi TS arată limitele influenței Legiunii printre aromâni. El indică spre exemplu slabele rezultatele ale Legiunii la alegerile din 1937 în Dobrogea, unde « agitația legionară a macedoromânilor  prost integrați nu a fost suficientă ca sa dreneze restul populației » (p. 317) şi citează documente care arată că ponderea Legiunii era relativ mică în termeni de militanți supravegheați de politiție şi de voturi în Durostor şi Caliacra față de alte regiuni din România (p. 410, 466).

“O adevărată entitate macedoromână în sânul Legiunii…”

Felul în care TS descrie lumea aromânilor atraşi de Legiune corespunde în bună parte mai puțin realităților epocii decât al ideilor pe care ni le facem despre ea retrospectiv :
« Succesul Legiunii printre aromâni (« macedoromâni »), această minoritate românofonă persecutată în țările balcanice, mai ales în Grecia, era datorat nemulțumiri lor față de modalitățile colonizării lor în Dobrogea. Acest succes s-a manifestat prin formarea unei adevărate entități macedoromâne în sânul Legiunii. Cele două caracteristici cunoscute ale aromânilor erau o anumită prosperitate legată de lunga lor tradiție de diasporă comerciantă dotată cu rețele transnaționale puternice, precum şi o anumită brutalitate moştenită  de la tradiția răzbunărilor clanice”. (p. 309).
N-ar fi rău poate să reamintim că în perioada aceea (1927-1941) aromânii nu figurau printre principali “sponsori” si nici, de altfel, printre principalii “teoreticieni” ai Legiunii, cel puțin din câte se ştie[2], iar o bună parte dintre tinerii aromâni angajați în mişcarea legionară vorbeau între ei o limbă greu de înțeles pentru românofoni, ca să nu mai vorbi de faptul că foarte rare au fost cazurile celor care proveneau din familii de comercian ți bogați balcanici.

Un alt merit al lui TS este acela de a atenționa asupra problemelor reale ale coloniştilor aromâni independent de faptul că ele au putut favoriza înrolarea  unor aromâni în mişcarea legionară. Tentativa de asasinat a subsecretarului de stat de la Interne Constantin Angelescu de către  « patru studenți de origină aromână »  în iulie 1930 este prezentată  ca un act « antiregim » legat nu de climatul antisemit instrumentalizat cu atât succes de Legiune în acea vreme,  ci de nemulțumirea datorată încercării acestui om politic de a introduce din motive electoraliste o reformă a proprietății funciare în Dobrogea nouă care îi dezavantaja pe aromâni.
La început, Codreanu a evitat contactul cu Gheorghe Beza care luase public poziții foarte radicale şi care urma să fie principalul autor al tentativei de asasinat,  suspectându-l că e un agent provocator. După atentat însă, el a refuzat sa-l condamne şi a propus chiar să-i ia apărarea în procesul care a avut loc în anul următor. Pentru acest motiv, ministrul de interne, Vaida-Voevod, l-a arestat pe Codreanu şi pe alți şapte aromâni care protestaseră contra   reformei lui Angelescu. Aceştia fiind întemnițați în timpul procesului, Legiunea a “câştigat simpatia acestei dinamice diaspore comerciante macedoromâne”.  (p. 71, 72) Acest episod, extrem de mediatizat, a jucat un rol cheie în adeziunea multor tineri aromâni la Legiune : Constantin Papanace si Ion Caranica făceau parte dintre tinerii arestați abuziv cu această ocazie şi întemnițați împreună cu Codreanu.

 Tot  TS reproduce un raport din arhivele poliției referitor la riscul de « agitații » în Dobrogea în urma participări celor doi aromâni [Ion Caranica şi Doru Belimace] la asasinarea lui Duca în decembrie 1933 din care reiese destul de clar poziția  ostilă a autorităților şi a altor fragmente din populație față de coloniştii aromâni :  « Populația română, coloniştii, comercianții şi funcționarii acuză în mod deschis coloniştii macedoneni  ca fiind autorii morali ai atentatului, şi îi califică drept ingrați față de binefacerile care le-au fost acordate de Partidul Liberal. Sub guvernele liberale din trecut, li s-a permis să intre în țară, au fost primiți atât de călduros, li s-au dat pământuri şi posturi  în administrația publică. Față de o asemenea ingratitudine, ei merită să fie aruncați în mare. Dacă nu, trebuie luate măsuri contra lor. » ( p. 309).
Tonul acestui raport nu e foarte diferit de anumite diatribe proferate în zilele noastre contra celor care au cerut un statut de minoritate națională pentru descendenții coloniştilor din perioada interbelică.

Doar câteva pagini sunt consacrate de TS legionarismului postbelic. In ultumul paragraf apare numele unui alt aromân,  George Becali, seful Partidului noua generație, care precizează TS, a afirmat public admirația sa pentru Codreanu şi a avut relații cu grupul neolegionar Noua dreaptă, care, la rândul ei, era în legătură cu partidul lui Vadim Tudor, omul care îl glorifica pe național-comunistului Ceausescu şi care a obținut 33,7 % din voturi la alegerile preşedențiale din 2000  (p. 393). Mai constituie oare încă un pericol asemenea grupări de tip legionar sau comunist în zilele noastre în România ? Greu de crezut.

In ceea ce îi priveşte pe aromânii din România, de reținut modul inedit în care sunt priviți de istoricul francez de origine română, şi anume nu ca un fel de super-români, ci ca nişte membrii ai unei minorități uşor de identificat dar greu de categorisit.

Nicolas Trifon
1 mai 2014

 




[1] Un fascisme roumain : histoire de la Garde de fer, Traian Sandu, prefață Catherine Durandin, Paris : Perrin, 2014, 488 p.
[2] “Codreanu a instalat sediul Gărzii de fier la Bucureşti… cu banii comunității macedoromâne” (p.  72), scrie TS fără însă să aducă probe în acest sens.

samedi 29 mars 2014

Europoems, Padova : "Petit hommage à la vitalité poétique des langues en voie de disparition", par Nicolas Trifon



Le hasard a voulu que lors de la précédente édition de cette manifestation consacrée à la poésie, qui a eu lieu récemment à Paris, je commence ma communication portant sur la langue française par des considérations sur les débuts poétiques des lettres françaises. En effet, la langue littéraire, les premières productions relevant de la littérature, y compris les épopées narrant les extravagantes aventures des chevaliers de la Table Ronde,  étaient versifiées, chantées et transmis oralement grâce à des procédés mnémotechniques ingénieux. La prose, elle, vient plus tard, et prévaut de nos  jours à tel point que d’aucuns opinent, en exagérant à peine, qu’il y aurait plus de poètes que de lecteurs. 
Cette fois-ci, à Venise, j’irai à l’autre bout du processus, là où le voyage semble voué à prendre fin, celui où se profile la disparition d’une langue, malmenée par les uns,  abandonnée par les autres. Je parlerai d’une petite langue, l’aroumain, parlée à l’origine dans une aire géographique partagée entre quatre Etats-nations : la Grèce, la Bulgarie, la République de Macédoine et l’Albanie. Les Aroumains se distinguent de leurs voisins par leur langue, issue du latin, apparentée au roumain parlé au nord du Danube mais ayant connu une évolution différente. Elle n’a jamais été enseignée ni reconnue comme une entité autonome en raison notamment des pressions exercées par les nationalismes balkaniques.
L’acharnement des locuteurs de l’aroumain qui continuent à s’accrocher à une langue considérée comme condamnée à disparaître depuis longtemps, aujourd’hui en nette perte de vitesse et sans utilité apparente intrigue les observateurs. Pourquoi le font-ils, alors qu’ils maîtrisent la langue des pays où ils vivent ? Apparemment, pour mieux savoir qui ils sont, d’où ils viennent, pourquoi on les perçoit souvent comme différents des autres et, surtout, parce que le recours à cette langue, précisément, et à nulle autre, est à leurs yeux le seul moyen de s’exprimer pleinement et de se faire plaisir. Ils le font en chantant et en dansant, en se racontant des anecdotes et de bons mots lors des rares moments festifs où ils arrivent à se retrouver, sur le ton de la communion, en marge des autres. Ils le font avec un certain succès, parfois,  leur folklore étant d’un type particulier de nos jours. En effet, une telle culture populaire minoritaire ne passe pas par les moules nationalistes et ne saurait connaître les déformations inévitables lorsqu’il y a des visées commerciales ; tout ceci lui assure une certaine fraîcheur et authenticité, choses rares de nos jours.
Les plus motivés et, évidemment, les plus talentueux parmi ceux qui entendent continuer à pratiquer une langue qu’ils savent condamnée, sont ceux qui  écrivent  des poésies. Ce genre littéraire est de loin le plus honoré, loin devant les narrations romanesques ou dramatiques. Je pense ici à la poésie dans le sens moderne du terme, témoignant d’une recherche esthétique et d’une conscience critique, à la poésie qui se suffit à elle-même, qui  n’est pas destinée à accompagner d’autres arts, tels le chant ou la danse. Une poésie qui ne se laisse pas toujours facilement déchiffrer et qui pourtant trouve des lecteurs assidus, ce qui s’explique aisément, l’offre en la matière étant limité pour les locuteurs d’une petite langue.
C’est l’histoire édifiante de quelques-uns de ces poètes que je raconterai pour illustrer mon propos.
En 2007 paraissait à Charleroi, à l’initiative du Comité belge du Bureau européen pour les langues moins répandues une anthologie de la poésie aroumaine en édition bilingue aroumain-français comportant également des reproductions d’œuvres d’art signées par des artistes aroumains contemporains. Une bonne  trentaine d’auteurs en vie à cette date issus des différents pays balkaniques mentionnés avaient été retenus. Le résultat était surprenant si l’on prend en compte que le public potentiel d’un tel recueil se chiffrait en dizaines et non plus en centaines de milliers de personnes comme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un bon nombre des poèmes rassemblés ont été écrits après 1990, date à laquelle les Aroumains ont commencé retrouver une certaine visibilité sur la scène publique. Le cas de trois des contributeurs albanais mérite d’être signalé parce qu’il constitue une très bonne introduction à la « condition » du poète aroumain, et de l’Aroumain tout court, de nos jours.
Né en 1943 à Andon Poci, village situé à 17 km de Girokaster, Ilja Colonja est le plus âgé des trois. Sur les papiers d’identité il s’appelle Lia Rapush, les doublets patronymiques n’ayant rien d’exceptionnels chez ces gens qui, souvent, bon gré mal gré, ont slavisé, albanisé  ou grécisé leurs noms. Ses récents débuts poétiques il les doit à Spiru Fuchi, né en 1964 dans la même localité. « Pourquoi ne pas écrire en aroumain, certains l’ont déjà fait ? » lui a dit un jour ce dernier, qui venait de tomber sur une revue publiée en aroumain à Fribourg, en Allemagne. Leurs premiers recueils ont paru à Bucarest la même année, en 1997. Après avoir travaillé dans la construction en Grèce pendant plusieurs années, Spiru Fuchi s’est installé à Tirana où il a publié plusieurs nouveaux recueils, toujours en aroumain, ce qui n’aurait pas été concevable auparavant. Son frère cadet, Dimitri, né en 1967 à Andon Poci, ne s’est mis à écrire en aroumain qu’en 2004, auparavant il écrivait en albanais. Il l’a fait en Grèce, pays dans lequel il s’est installé après la chute du communisme. 
Deux observations concernant ces auteurs, en attendant qu’ils soient découverts dans d’autres langues.
Albanais, ayant été amenés à écrire en aroumain au contact des publications de la diaspora occidentale, à travailler en Grèce et à publier en Roumanie, ils ont un point géographique commun. Il s’agit d’Andon Poci, ce village d’un petit millier d’habitants qui a été fondé à une date récente, à la fin des années 1950 par des Rrãmãni, la branche des Armãni qui a le plus longtemps conservé un mode de vie semi-nomade dans la pratique de la transhumance. Ce village est le seul à être peuplé exclusivement d’Aroumains, une « ethnie » sans statut national particulier en Albanie qui compterait dans ce pays quelques cent mille âmes.
L’autre chose qui mérite d’être relevée c’est la modernité de leur démarche qui prend ses distances avec le pastoralisme de leurs prédécesseurs. Le pessimisme qui se dégage de leur poésie concernant l’avenir de leur communauté et de leur langue rime davantage avec une introspection critique qu’avec le culte de la position de victime de l’Histoire. 
Post scriptum. « Dimineatsa alãximu strajili a ipocriziljei » [Le matin, nous endossons les habits de l’hypocrisie] est le titre d’un poème de Spiru Fuchi dans lequel il raconte la condition de tant d’Aroumain originaires d’Albanie immigrés en Grèce qui s’adressent à leurs enfants en albanais en les envoyant étudier en grec, qui oublient qu’ils ne sont pas grecs d’origine quand ils demandent le permis de travail et qui, le soir venu, parlent au téléphone en aroumain avec la famille restée en Albanie.
Europoems, Padova, 27 mars 2014


Europoems, Padova, march 2014 "A humble tribute to the poetical vitality of extinguishing languages" by Nicolas Trifon



By a happy coincidence, at the last meeting of this European programme dedicated to poetry, back in Paris early November 2013, I started my paper on French language by some considerations on the poetical beginnings of French letters. As a matter of fact, the literary language, the first productions pertaining to literature, including the epics on the extravagant adventures of the Round Table knights, were written in verses, sung and orally transmitted thanks to ingenious mnemotechnical processes. Prose came only at a later stage, only to nowadays rule at the extent that some believe, hardly exaggerating, that there are more poets than poetry readers to be found.
This time, in Venice, I will go to the other end of the process, where the journey seems doomed to end, where the extinction of a language looms, as it is attacked by some and abandoned by the others. I will speak about a small tongue, the Aromanian, originally spoken in a geographical area divided between four nation states: Greece, Bulgaria, the Republic of Macedonia and Albania. The Aromanians differ from their neighbors by their tongue, derived from Latin, related to the Romanian spoken North of the Danube but having gone through a distinct evolution. It was never taught or acknowledged as an autonomous entity chiefly because of the pressures exerted by the Balkan nationalisms.
The Aromanian speakers relentlessly clinging on to their long doomed language, much less spoken nowadays and with strictly no apparent public utility is an intriguing matter for observers. Why are they persisting, as they do speak the language of the countries where they are living? Seemingly, in order to know better who they are, where they come from, why they are often perceived as different from the others and, above all, because the use of this particular language and none other is to them the sole means to fully express themselves and to enjoy themselves. They do it by singing and dancing, by telling anecdotes and jokes during the rare joyful moments when they can assemble and share their common ground, apart from the others. They are quite successful at it sometimes, as their folklore is one of a particular type, the more so nowadays. Indeed, such a minority traditional culture does not have to go through the nationalist patterns and is less likely to suffer the unavoidable deformations when marketing aims are at work. All these secure a certain freshness and authenticity, which are quite rare these days.
The most motivated and, obviously, the most gifted among those who keep on practicing a language they know only too well to be doomed are those who write poetry. This literary genre is by far the most honored, far ahead of the novel or theatre. I hereby think of poetry in the modern sense of the term, involving an aesthetic quest and critical conscience, a self-sufficient poetry, not meant to accompany other arts, like singing and dancing. A poetry not always easily fathomed which nonetheless finds regular readers, which is easily understandable, given the limited supply available to the speakers of a small language.
In order to illustrate my purpose, I will tell the edifying story of some of these poets.
In 2007 was published in Charleroi, on the spur of the Belgian committee of the European Bureau for less widely spoken languages and anthology of Aromanian poetry in a bilingual Aromanian-French edition, featuring reproductions of artworks
signed by Aromanian contemporary visual artists[1]. Some 30 living (at that point) writers coming from the diverse above mentioned Balkan countries had been selected. The result was surprising given that the potential audience of such an anthology was counted in tenths and not in hundreds of thousands as in the aftermath of World War II. Quite an amount of the poems were written after 1990, when the Aromanians succeeded in regaining some visibility on the public stage. The case of three Albanian contributors is worth noticing as it stands out as a good prelude to the « condition » of the Aromanian poet, and of the Aromanian individual nowadays.
Born in 1943 in Andon Poci, a village some 17 km distant from Girokaster, Ilja Colonja is the eldest of the three. His ID card bears the name of Lia Rapush, the patronymic doubles not being infrequent for these people who willy-nilly have Slavicized, Albanized or Hellenized their names. He owes his recent poetic debut to Spiru Fuchi, born in 1964 in the same village. « Why not write in Aromanian, some have already done it? » one day the latter told him, who had just come across a magazine published in Aromanian in Freiburg, Germany. Their first volumes were published in Bucharest, Romania, in the same year, 1997. After having worked in the construction works in Greece for several years, Spiru Fuchi settled in Tirana where he published several new volumes, all in Aromanian, which had been simply unimaginable before. His younger brother, Dimitri, born in 1967 in Andon Poci, only started writing in Aromanian in 2004, after having previously written in Albanian. He started doing so in Greece, where he settled after the fall of communism.
Two quick notes on these authors, waiting for them to be discovered in other languages.
Albanians, brought to writing in Aromanian by the acquaintance with publications of the Western diaspora, to working in Greece and publishing in Romania, they share one geographical point. It is Andon Poci, this one thousand strong tiny recently founded village, by the end of the 50’s by Rrãmãni, the branch of the Armãni having kept the most of all to the semi-nomadic way of living paced by the moving of the livestock to different pastures. This village is the one and only to be exclusively inhabited by Aromanians, this people with no particular status in Albania which would count as many of them as one hundred thousand.
The other thing worth noticing is the modernity of their writing, resolutely contrasted to the pastoralism of their predecessors. The gloomy mood of their poetry about the future of their community and language is much more in line with a critical introspection than with the celebration of a « victim of History » posture.
Post scriptum. « Dimineatsa alãximu strajili a ipocriziljei » [At dawn, we put on the clothes of hypocrisy] is the title of a Spiru Fuchi poem dealing with the condition of so many Aromanians born in Albanie, immigrants in Greece, speaking to their children in Albanian while sending them to Greek schools, oblivious about their non Greek origin when they submit a file for a work permit and, at night, calling back home in Aromanian the family remained in Albania.




[1] Nous les poètes des petits peuples, Bruxelles : éd. Microromania, 2007, 335 p.

Europoems, Padova, march 2014 : "Visual Arts and Poetry" by Cristina Passima Trifon



Poetry is abstract by definition; it works by way of abstractions, codes and signs. Artists who work and express themselves in the domain of the abstract, whatever their particular field might be, touch to poetry, one might say they make poetry. They make poetry starting from poetry. They take key elements from the poem, be they forceful, rough or sharp, they reinterpret, deconstruct  and recompose them so that ultimately, following imaginary laws of the abstract, a totally new work emerge, distinct from its poetical starting point and capable of standing on its own as an autonomous piece of art. I do say it as an artist who often initiated a visual quest   starting from a poem. This is no easy matter, though it might seem like it. In order to better illustrate my point, I shall proceed with describing some of the « ingredients » which I pick from the text of a poem to introduce them into my artistic recipe. I will seek now to explain how I read places, sky, water, light, clouds and there would be others, but I'd rather stop here.

The place rather than the country wherefrom each and every one of us comes is what me for one I try to imagine when you tell me where you hail from. This is what presides to the relationship between the two of us. England, for me, is borderless, not necessarily because of its being an island, but because in my imaginations it accounts for a far larger space than its actual land limits, much more mysterious, with an unchained nature, the green is very sharp, the sky is dim, and the light falls aslant. I do not deem it to be accurate, but this is my image of England.

On a regular basis, sky is reckoned to be blue, but a very specific blue for every place under the sun. The sky is a fixed element. The clouds on the sky do not share the same colour, but they travel in exchange at a more or less rapid, variable pace. There are places where no clouds obscure the sky, take Cyprus, where the sky is very light blue, a strong yet not very intense cloudless blue. All along my stay in Cyprus, a 10-12 days holiday, I did not see one single cloud. The night sky is also very different, very high and diamond-like starlit at the tropics, towards the North Pole it is torn apart into strips, forming the aurora borealis. The sky seen from a plane is a moonlike picture, a world of its own. 
The Mediteranean is a place where ships gently sail on the waterfront taking you from one place to another. One might even hop off to « walk from Chios to Samos », so plainlike are its waters.

The light can be clear or envelopping, coming aslant or vertically, surrounding you or measuring you from aside. It outlines the shape of things or mixes with the atmosphere around. The light can be sunset or sunrise, magic or very picturesque, yet every single time different. It can tell a story or describe a wide variety of diverse and infinite conditions.

Taking all these elements and changing their colour or arranging them differently, we are already making poetry. Indistinct, not linked to commonplace reality, not figured
trough codes pre-established thousands of years ago, somewhat like the Maya alphabet, nice drawings, yet we fail to seize its meaning, its significations, nonetheless we can certainly imagine, without speculating, at least a journey through the places of this world where the sun rises differently each day.
Finally, I even created a composition with all these ingredients and I reckon that we succeeded in understanding each other.
All things that I have just presented are exercises of imagination or admiration that poets, painters, dancers, musicians and sometimes also other fellow humans endowed with artistic feeling perform towards the world that we all would have as better place to live.<br> 

Europoems, Padova, 27.03.2014

samedi 15 février 2014

Despre Nae Ionescu, imperialismul românesc şi aromâni (în Memorile lui Constantin Beldie)



Nae Ionescu e un personaj contradictoriu, ceea ce explică admiraţia şi repulsia pe care le-a stârnit. Pentru mine, el est întâi de toate emblematic pentru acest curios amestec de dezbatere publică de înaltă ţinută intelectuală, rafinată, nu însa şi neapărat consistentă, din perioada interbelica, şi un gust pronunţat pentru cacialma, emblematic pentru o anumită zăpăceală derutantă fiindcă greu de explicat numai prin lichelismul si arivismul unora dintre principalii protagonişti, în tot cazul cu consecinţe criminale dacă ne gândim la cei care au avut de suferit de pe urma extremei drepte româneşti.

In lipsa unei reevaluari realiste a acestei perioade interbelice, trăim din decembrie 1989 încoace în umbra ei, pe urmele ei, cu speranţa lăuntrică că ea va reveni sub o formă sau alta, ceea ce mi se pare cu atât mai regretabil cu cât înalta ţinută intelectuală si rafinamentul de odinioara sunt din ce în ce mai greu de reperat în zilele noastre, în timp ce arivismul şi lichelismul conservă aceaşi vigoare.

Portretul lui Nae Ionescu schiţat de memorialistul Constantin Beldie e remarcabil nu numai prin informaţile inedite despre colegul şi prietenul său pe care ni le dă ci şi prin rezervele pe care le sugereaza în legătură cu acest « gazetar aventuros, filozof şi profet mincinos » [Constantin Beldie, Oamenii văzuţi de aproape, editie îngrijită de Dan Zamfirescu, Bucureşti : editura Roza vânturilor, 2005, p. 121].
Informaţile furnizate de aparatul de note redactat de editorul acestor memorii, Dan Zamfirescu , sunt nu mai puţin remarcabile prin erudiţia şi cercetările pe care le-a întreprins, chiar daca interpretările propuse sunt discutabile.


Iată nota privitoare la aromâni la paginile 357-358 :

« Pentru strămoşii materni ai lui Nae Ionescu dispunem acum de investigaţile aprofundate ale doamnei Dora Mezdrea [Nae Ionescu. Biografia, Editura Muzeului Brăila, 2005], după care mama lui Nae Ionescu şi a celorlalţi trei copii ai cuplului Ionescu aparţinea spaţiului grecofon, ceea ce – după părerea subsemnatului – nu însemna automat şi grecesc. Familia Apostolu era venită din Epir – inima românimii sub-dunărene. Caracterul şi comportamentul lui Nae Ionescu, şi mai ales modul lui de a gândi şi a scrie ne arată mai degrabă o rădăcină aromânească decât grecească, şi rămâne ca participarea unor buni cunoscători ai acestei probleme să dea de urmele exacte ale acestor strămoşi. Până atunci trebuie notate cele găsite de doamna Dora Mezdrea : mama lui Nae Ionescu, Eugenia, născută în 1852 şi decedată în 1932, era ultima din cei 6 copii ai lui Nicolae Trifon şi ai Zamfirei Apostolu. Era un copil târziu (tatăl avea 45 de ani şi mama 37 la naşterea ei). Familia Apostoul descinsese în Brăila în 1830 din Meţora [Meţovo, Aminciu] Epirului, iar bunica lui Nae Ionescu, Zamfira, era născută în Grecia la 1819. Nicolae Trifon cu care s-a căsătorit la 13 octombrie 1835 era la a doua căsătorie (prima soţie murindu-i în 1833 sau 1834) şi era la rându-i venit în Brăila din acelaşi spaţiu elenofon. Ca negustor îşi ţinea corespondenţa şi registrul de afaceri în greceşte. Dacă Apostolii erau aromâni, cu siguranţă că a fost şi Trifon, cunoscută fiind rigoarea cu care această ramură a românităţii îşi păstrează coeziunea şi pe această cale.

S-ar putea ca atunci când Nae Ionescu a ţinut la Dalles conferinţa despre Imperialismul românesc, cu referire specială la rolul aromânilor din sudul Dunării, să fi dat curs şi unui “glas al sângelui”. »

Sincer, poveştile cu glasul sângelui nu îmi spun mare lucru în general si mai ales când e vorba de un personaj atât de ambiguu ca Nae Ionescu. Din păcate, n-am avut ocazia să dau de faimoasa conferinţă de la Dalles şi mulţumesc anticipat persoanei care va pune în circulaţie pe Web pasajul privind aromânii. Trebuie să fie reprezentativ pentru retorica naţionalistă română din acea perioadă, tot atât de pretenţioasă pe cât de păguboasă în ultimă analiză.


Câteva observaţii însă.

« Nimeni nu i-a cunoscut originile », scrie C. Beldie precizând că, ulterior, în 1938, a aflat că « pe taică-său l-ar fi chemat Stroe Ivaşcu, nume românizat desigur în Ionescu, el însu-şi semnându-şi uneori articolele Nicolae Ivaşcu. Originea pare a fi aşadar bacanică, după cum l-arată chipul său fizic şi moral, maică-sa fiind, după înseşi spusele lui, grecoaică, naţiune sofistă din ţara minciunii, cu vânzători mari de vorbe, ceea ce îl îndemna să încerce a se pretinde (…) că s-ar trage tocmai din Bizanţ. » Un lucru pare a fi sigur, până la moarte, în 1940, Nae Ioescu nu s-a prezentat ca « macedonean ». Să reamintim că, chiar daca unii dintre ei îşi făcuseră un « nume » prin participarea lor la mişcarea legionară, aromânii nu căpătaseră încă faima de mari patrioţi români de care se vor bucura ani de-a rândul în România cu aşa un succes încât în zilele noastre unii dintre ei se înfioară la ideea ca aromânii ar putea fi alceva decât români, cel puţin la origine.

De reţinut mai ales, poate, faptul că persoanele de origine sub-dunăreană, nu neapărat aromână, au jucat un rol mai mare decât s-ar fi putut crede în istoria modernă a României.

Un detaliu, în fine : acel ascendent Trifon al filozofului nu cred că are vreo legătură cu familia omonimă din care provin, familie care se activa la Sofia şi Belgrad la acea vreme, oraşe în care comerţul era mai ales « ţinţar » în timp ce la Brăila şi Galaţi predominau grecii. (Tin să-i mulţumesc lui Matei Cazacu care mi-a indicat acest pasaj din memorile lui C. Beldie despre Nae Ionescu în ideea că am fi fost poate rude !)

Nicolas Trifon

jeudi 9 janvier 2014

République de Moldavie en 2013 : entre l'Europe et l'Eurasie (Diplomatie : affaires stratégiques et relations internationales, sept.-oct. 2013)


« Je n’oserai jamais parler de partenariat stratégique, économique ou d’un autre genre. Nous avons un partenariat de sang », déclarait le Président roumain Traian Băsescu à ProTV en arrivant le 17 juillet dans la capitale moldave, avant d’annoncer l’octroi de nouvelles bourses d’études aux jeunes Moldaves et la prochaine construction d’un gazoduc entre Iaşi et Ungheni. « A la fin de mon mandat, dans un an et demi, je demanderai la citoyenneté moldave », ajoutait-il, « en signe d’affection pour les gens de ce pays ».
La réplique du Premier ministre roumain Victor Ponta ne tarda pas : « Ce n’est pas au Président mais au ministère de l’Education de décider du nombre des bourses, ce n’est pas Băsescu qui construit le gazoduc, il ne fait que raconter des histoires… », rétorquait-il, rapporte Agerpress, en s’empressant d’ajouter qu’il éprouvait les mêmes sentiments amicaux envers les habitants de ce pays et qu’il s’y rendra bientôt.
Plusieurs des thèmes incontournables concernant l’actualité politique de la République de Moldavie (RM) sont suggérés par ces déclarations du Président et du Premier ministre roumain, en conflit permanent depuis la motion de censure votée par l’opposition contre T. Băsescu et la formation le 7 mai 2012 d’un nouveau gouvernement dirigé par V. Ponta. Prenons, par exemple, la question de la citoyenneté roumaine accordée aux sujets moldaves qui peuvent prouver d’un ascendant ayant vécu avant la Seconde Guerre quand la Bessarabie était sous administration roumaine. « Pourquoi bloquerait-on l’accès à l’Europe aux jeunes de ce pays ? », faisait remarquer l’année dernière Băsescu, en commentant cette décision qui avait d’ailleurs alarmé Bruxelles. On ne dispose pas, à l’heure actuelle, de chiffres précis à ce sujet de même que sur le nombre des expatriés, première source de devises pour le pays. Toujours est-il que nombre de citoyens de la République moldave du Dniestr (RMD) ont aussi des passeports russes, leur république n’étant pas reconnue sur le plan international. Quasi-Etat, micro-Etat, la RM (3.380.000 habitants en 2004) et la RMD (520.000 habitants) ne sont pas moins des réalités qui durent depuis deux décennies et qui constituent une de ces frontières incertaines qui séparent l’Union européenne (UE) et ses marches orientales de l’étranger proche de la Fédération de Russie que Moscou tente de réinvestir pour retrouver son rang de grande puissance.
Orageuses, notamment pendant la période 2001-2009 lorsque la scène moldave était dominée par le Parti des communistes moldaves (PCM) ou amicales, depuis mai 2009, les relations entre les deux pays jouent un rôle clef dans les comportements et les choix politiques des citoyens moldaves, quand bien même la Russie demeure de loin le principal partenaire commercial de la RM. La particularité de cette dernière par rapport aux autres républiques soviétiques qui ont accédé à l’indépendance est d’avoir fait partie d’un Etat limitrophe, la Roumanie, pendant l’entre-deux-guerres, avant d’être annexée par l’URSS aux termes de l’accord Molotov-Ribbentrop en 1940, puis reprise en 1944 lors de l’avancée vers l’ouest de l’Armée rouge. Pôle d’attraction pour les uns, source d’inquiétude pour la plupart des minoritaires russophones, la Roumanie a fourni une assistance culturelle assez conséquente à sa voisine dont le roumain est la langue officielle sous le nom de « moldave », mais s’est abstenue de prendre l’initiative sur le plan politique dans le sens d’une réunification des deux pays. T. Băsescu est le président qui est allé le plus loin en matière de rapprochement, se gardant bien cependant de dévier de l’orientation atlantiste et européenne de la Roumanie pendant ces vingt dernières années et perdre de vue les limites de sa marge de manœuvre vis-à-vis de la Russie.
Bien qu’il s’agisse d’une entreprise d’ampleur modeste, le projet du gazoduc annoncé à l’occasion de cette visite pourrait avoir des effets plus substantiels que les déclarations d’intention antérieures. Si l’initiative roumaine remonte à 2009, sa réalisation n’a pu être envisagée qu’avec la participation de l’UE aux travaux (20 à 26 millions d’euros) et aux frais d’approvisionnement en gaz. Long de 43 km, avec une capacité de 1,5 milliard de mètres cubes par an livrés à un prix plus avantageux que celui du gaz fourni par Gazprom, le gazoduc pourrait mettre un terme au monopole énergétique de la Russie et dégager quelque peu le pays de l’emprise de Moscou. A l’heure actuelle, la RM consomme en tout 3,5 milliards de mètres cubes dont deux tiers vont en Transnistrie. Les dettes accumulées par cette dernière montent à 4 milliards de dollars alors que celles du territoire contrôlé par Chişinău sont de 600.000 dollars. Chişinău rembourse progressivement sa dette, pas Tiraspol. Dans le même temps, Moscou ne s’adresse pas à Tiraspol mais à Chişinău pour le règlement des dettes de la république sécessionniste. L’entrée en fonction, prévue pour décembre 2013, du nouveau gazoduc permettrait à la RM de se passer des livraisons du Gazprom. En 2012, la Russie avait proposé aux autorités de Chişinău de surseoir au remboursement de ses dettes et de baisser de 30% le prix du gaz (les mille mètres cubes passant de 400 à 270 dollars) à condition qu’elle se retire du Traité instituant la Communauté de l’énergie et qu’elle cesse d’appliquer ses dispositions. La RM a refusé l’offre. Dans Eurasia Daily Monitor 10-133, Vladimir Socor, l’expert de la Jamestown Fondation, tout en insistant dans son analyse sur les potentialités de cette initiative, attire l’attention sur ses limites, dans le cas où la Roumanie, qui compte beaucoup sur les récentes estimations des réserves dans la mer Noire, ne pouvait pas livrer à l’avenir le gaz nécessaire à un tarif concurrentiel (1).

L’AIE sur les pas de la coalition Orange
La récente visite de T. Băsescu retient l’attention aussi parce qu’elle intervient à un moment critique pour la coalition qui dirige la RM. Le climat politique est encore plus délétère à Chişinău qu’à Bucarest et les conséquences autrement plus graves puisqu’il met à mal les liens tissés ces dernières années avec les instances européennes. Après plusieurs crises et refondations, l’Alliance pour l’intégration européenne (AIE) a définitivement éclaté le 5 mars 2013, lors d’une motion de défiance déposée par le Parti démocratique (PD, 15 députés) dirigé par Marian Lupu et le puissant homme d’affaires Vlad Plahotnic, avec le soutien du Parti des communistes de Moldavie (PCM, 34 députés), contre le Premier ministre Vlad Filat, leader de la principale formation de l’Alliance, le Parti libéral-démocrate (PLD, 31 députés) pour une affaire de corruption. Les douze députés du Parti libéral (PL) de Gheorghe Ghimpu, la troisième composante de l’Alliance, n’ont pas participé au vote. Les raisons de cette évolution sont du même ordre que celles qui ont conduit à la débâcle la coalition Orange en Ukraine : négociations et divisions à répétition, conflits d’intérêts, corruption, dilapidations… Les nouvelles formations politiques se présentant comme démocratiques, libérales ou les deux à la fois se sont révélées moins aptes à gouverner dans la durée que les structures héritées des partis communistes de naguère. La position de Vladimir Voronine qui, à la tête de son parti et de l’Etat, a su opérer une restauration en bonne et due forme de l’Ancien Régime, sans remettre en question les réformes économiques libérales introduites par ses prédécesseurs et sans empêcher l’alternance démocratique, est emblématique. Son retour aux affaires du pays est d’ailleurs envisageable et vraisemblablement c’est dans cette perspective que le président de la République, Nicolae Timofti (personnalité indépendante élue en mars 2012 par les députés suite à un compromis), a nommé le 31 mai 2013 un autre membre du PDL, Iurie Leancă, Premier ministre à la place de V. Filat, en sorte que les anciens partenaires continuent à gérer les affaires courantes du pays en attendant de nouvelles élections. Cette absence de maturité en matière de gouvernance a des effets dévastateurs sur les institutions, pour certaines mises en place à une date récente, et torpillent les efforts déployés, souvent avec le concours des instances européennes, pour aligner ces institutions sur les normes en vigueur dans les pays de l’UE. Ce processus semble irréversible même si, au vu des résultats actuels, il serait précipité de parler de démocratisation effective. « L’Etat moldave se réforme rapidement, en copiant. Ce n’est pas un exercice imposé, mais une tentative délibérée de modernisation par l’importation de modèles. Nous, en Roumanie, on le sait très bien. Nous avons affaire à un engrenage institutionnel entraîné par l’intégration européenne », explique le journaliste roumain Cristian Ghinea (Dilema des 4-10 juillet 2013), lui-même membre de plusieurs commissions bilatérales sur la lutte contre la corruption et le respect des règles de la concurrence.

L’Union eurasiatique versus l’Union européenne
L’avenir de la RM ne dépend cependant pas seulement de l’avancée de ce processus mais aussi et surtout de la capacité de la direction du pays à la fois de contourner et de contrecarrer les pressions de plus en plus vives de la Russie, pays dont l’influence à l’échelle de l’ex-URSS demeure considérable. « Nous savons que chaque fois que la RM est sur le point de résoudre les problèmes liés au rapprochement avec l’UE, des actions de provocation ont lieu ; elles sont perpétrés par les Transnistriens et ceux qui les soutiennent », déclarait le président moldave le 17 juin en commentant la décision soudaine des autorités de la république sécessionniste d’ériger des « frontières d’Etat ». Quelques semaines plus tôt, des barbelés étaient installés le long de la frontière qui sépare l’autre république sécessionniste soutenue par Moscou, l’Ossetie du Sud, de la Géorgie. Deux autres requêtes avaient auparavant pris de court Chişinău.
Le 11 avril, le Parlement gagauze faisait part de ses inquiétudes au sujet d’un hypothétique changement de la législation linguistique au détriment du russe tandis que, le lendemain, les responsables bulgares Taraclia créaient à leur tour la surprise en demandant un statut d’autonomie régionale pour la minorité dont ils sont les représentants afin de « rendre plus compétitive » cette région où habite une partie des 65 000 Bulgares (1,9%) recensés en RM.
Selon la plupart des observateurs, Moscou coordonnait ces prises de position et ces décisions destinées à rappeler aux organisateurs du sommet du Partenariat oriental de l’UE, prévu à Vilnius les 28-29 novembre, que les conflits régionaux pouvaient à tout instant reprendre. La RM, aujourd’hui en pleine instabilité gouvernementale, devrait justement présenter et défendre lors de ce sommet son dossier afin de pouvoir signer en 2014 l’Accord d’association et l’Accord élargi et approfondi de libre échange avec l’UE. Or la Russie, elle, presse la RM de rejoindre l’Union douanière, première étape de l’Union eurasiatique, dont font partie outre la Russie, le Kazakhstan et la Belarus, et à laquelle sont appelées à adhérer les autres anciennes républiques soviétiques mais aussi des pays comme la Finlande ou la Bulgarie. Calquée sur le mode d’intégration de l’Union européenne, cette union lancée il y a deux ans est fondée, selon les mots de son initiateur, V. Poutine, sur « les meilleures valeurs de l’Union soviétique ». Vraisemblablement, tout au moins pour ce qui est de la RM, la décision de l’Ukraine et à propos de l’Ukraine lors des accords à Vilnius jouera un rôle déterminant dans le nouveau cours européen ou eurasiatique de la région.
Les propos de V. Voronine au journal russe Kommersant Moldovy le 19 juillet vont dans le même sens : il se prononçait pour l’octroi d’un statut de république et non plus d’autonomie à la Transnistrie au sein d’une Moldavie fédérale. « Pourquoi se mettre à genoux devant les Européens, juste pour l’amour de la libéralisation du régime des visas ? Beaucoup de Moldaves aptes au travail sont déjà partis au-delà de nos frontières, après avoir obtenu la citoyenneté roumaine. En quel nom vendrions-nous notre pays, l’intégrité territoriale de la Transnistrie ? », déclarait-il. Plutôt que sous le coup d’une injonction de Moscou, c’est dans la perspective des élections anticipées qu’il faut interpréter ces déclarations quelque peu inattendues puisqu’il n’a jamais été question lorsque le PCM gouvernait le pays d’un statut de république pour la Transnistrie. Toujours est-il que peu après, le 24 juillet, Interfax rapportait que le président de l’ « unité territoriale autonome Gagaouzie », Michaïl Formuzal, réclamait pour les 165.000 Gagaouzes (4,4% de la population) aussi le statut de république à l’intérieur d’une fédération moldave. En faisant une telle déclaration, le « bashkan », plutôt modéré, se faisait l’écho d’une pétition demandant la sécession de la Gagaouzie et son adhésion à l’Union eurasiatique qui circulait depuis le mois de juin à l’initiative d’un groupe peu représentatif mais entreprenant. C’est dire la complexité de la situation dans ce pays dont les blocages d’ordre géopolitique constituent un cas d’école.

En effet, aux termes du baromètre annuel de l’opinion établi en avril 2013, c’est l’homme fort de Moscou qui a la côte, loin du Président roumain (75% font confiance au premier contre 37% au second), et il en va de même pour la figure non moins autoritaire, aujourd’hui dans l’opposition, de V. Voronine, loin devant les leaders des trois formations qui gouvernent aujourd’hui. Un sondage réalisé début mai donne gagnant le PCM avec 32,5% d’intentions de vote, devant celles cumulées des trois formations actuellement au gouvernement (12,6% pour le PDL,10,5% pour le PL et 6,8% pour le PD). Plus significative encore pour les orientations contradictoires des opinions est la position des citoyens moldaves par rapport aux deux unions supranationales qu’ils sont appelés à rejoindre. En avril 2013, 51% étaient pour l’entrée dans l’UE , 30 % contre, alors que 52 % étaient pour l’entrée dans l’Union douanière et 23% contre. Un an auparavant le rapport était 56% contre 20% et 48% contre 15% . Selon les sondés, le principal avantage lié à l’entrée dans l’UE est la libéralisation des visas, celui de l’entrée dans l’Union douanière la baisse du prix du pétrole et du gaz. Pour mieux cerner la confusion qui prévaut dans l’opinion, rappelons qu’environ 70 % des personnes interrogées ne savaient quoi répondre à la question portant sur les éventuels inconvénients dans les deux cas envisagés.

Un passé qui a du mal à passer
Les raisons de ces clivages et de la difficulté d’envisager des solutions cohérentes aux yeux d’une majorité de la population sont nombreuses et ont souvent été analysés, qu’il s’agisse de ceux qui séparent et parfois opposent les roumanophones et les russophones (qui déclarent souvent des nationalités autres que la russe), ou des tensions qui règnent parmi les roumanophones eux-mêmes entre les partisans du rapprochement avec la Roumanie - et par ce biais avec l’UE - et ceux nostalgiques du mode de vie soviétique ou attachés à une stricte neutralité.
Le débat occasionné par les festivités prévues à Chişinău sur la place centrale de la ville où la souveraineté puis l’indépendance de la RM ont été proclamées lors de l’implosion de l’Union soviétique pour fêter le 8 mai la Grande Guerre pour la défense de la patrie - pour reprendre l’expression utilisée dans l’espace soviétique pour désigner la Seconde Guerre -, permet de saisir le poids du rapport controversé au passé dans un pays comme la RM : un passé qui a du mal à passer. Ce débat a eu lieu dans la foulée de l’adoption de la loi sur la condamnation des crimes du communisme (le 12 juillet 2012) et à la veille de l’annulation de celle interdisant l’utilisation par les partis politiques des symboles de l’époque soviétique (le 14 juin 2013). Comment, nous, défenseurs des valeurs européennes, saurions-nous accepter cette manifestation réitérée depuis des décennies du nationalisme chauvin russe à peine dissimulée par une phraséologie internationaliste qui ne trompe plus personne? s’interrogeait l’historien Igor Caşu dans une tribune parue dans le quotidien Adevărul daté du 3 mai en rappelant le rôle central de la signification nationale russo-soviétique de la Seconde Guerre dans la légitimité du régime sous Brejnev et de nos jours dans la rhétorique et l’idéologie russe. Hostile à l’interdiction de la commémoration demandée par I. Caşu, le sociologue Petru Negură rappelait que la victoire contre le nazisme était aussi une valeur européenne et proposait qu’une pierre fût érigée au cœur de la capitale moldave au nom de « la mémoire et de la réconciliation ». Les deux étaient auteurs et coordinateurs de l’ouvrage collectif intitulé La Seconde Guerre mondiale : mémoire et histoire dans l’est et l’ouest de l’Europe (paru à Chişinău, aux éditions Cartier, en 2012), qui constituait une première en matière de tentative de réconciliation compréhensive des uns et des autres avec le passé récent. Force est de constater qu’il reste encore du chemin à faire pour trouver une issue qui mette d’accord les Moldaves, y compris ceux qui sont très proches et partagent les mêmes valeurs, comme les deux auteurs cités. Dans le même temps, en lisant attentivement les contributions réunies, qui portent sur plusieurs pays, on constate à quel point la population de ce pays, surtout les roumanophones, s’est gardé par le passé de « choisir son camp » et de s’engager tout à fait dans un sens ou dans l’autre. De ce point de vue, les incertitudes actuelles moldaves s’inscrivent dans une certaine continuité historique.
Nicolas Trifon
Texte paru dans Diplomatie : affaires stratégiques et relations internationales, n° 64 ‚ septembre-octobre 2013, pp. 12-16
Note
(1) http://www.jamestown.org/regions/europe/single/?tx_ttnews%5Btt_news%5D=41147ătx_ttnews%5BbackPid%5D=669ăcHash=f160c304838238e57f3fb548f785f9f7#.UfZX3a68tus